jeudi 8 octobre 2009

La Mère



Je ris.

L'écho de mon rire se répercute contre la pierre froide. C'est un rire sans joie qui grince sous la dent. Étrange sentiment, tout de même.

Un babillage d'enfant m'offre une réponse derrière une porte de bois noir.

Je pousse la porte.

Il y'a un berceau dans cette pièce. Mon cœur, ce muscle idiot, se met à battre la campagne. J'approche, je sais vers quoi j'avance. Quelque part il fallait que je m'y confronte tôt ou tard, mais, obéissant à une vague sensation de lâcheté, j'ai reculé l'échéance.

Je me penche. Je pause la paume de ma main sur la poitrine de la petite chose et j'entends son cœur frapper contre.

Le truc qui gazouille là est petit, charnu et trapu. Sa peau plissée et blanche offre un contraste saisissant avec l'orange du duvet dressé fièrement sur l'ovale de son crâne. Ça a de grand yeux bleus et limpides qui vous scrutent et grattent comme des écureuils furieux leur terrier dans votre chair.

Je trouve ce machin tout à fait disgracieux. Répugnant, à la vérité.

Quelque chose d'humide trace un sillon sur ma joue et goutte sur le ventre dodu du petit être. Ma vue se brouille. Mon estomac se noue, mes poumons manquent d'air. Et quelque chose loin entre mes cuisses me fait mal.

Je pense à du poison, je panique, ils m'ont découverte !
... Mais je réalise bien vite que ce n'est pas cela.

Je n'arrive plus à m'arrêter et il pleut sur la petite rouquine qui semble s'en amuser : ses gloussements enfantins et ses gesticulations maladroites l'attestent. Elle est heureuse de me voir , et ma carcasse semble pétrir ma raison en ce sens. J'ai l'impression que mes glandes lacrymales sont pressées comme des raisins mures à la saison des vendanges.

Qu'importe. Ma chair vient de me restituer le plus précieux des souvenirs par l'expérience.

Je suis Lomah de Sangre.
Je suis mère à nouveau...